Je me suis souvenu en préparant ces notes que Daphnée ne répondait pas aux mails dans les premiers temps. Que de fois j’eus à déplorer des messages laissés sans suite ! Je lui fis remarquer cette omission, d’abord blessé, puis agacé, me demandant à part moi s’il lui arrivait d’écrire.
De la même façon, j’eus à supporter à plusieurs reprises des coupures inopinées sur MSN, souvent en fin de soirée, que j’interprétais pour cette raison comme des déconnexions délibérées de sa part, au moment de se coucher — il faudrait de longs mois avant qu’elle me souhaite une bonne nuit. Elle m’expliqua qu’elle avait des problèmes avec son fournisseur d’accès, qu’elle voulait en changer, ce dont je ne doutais pas — elle serait ainsi absente quelque temps début mai. Je compris cependant qu’elle coupait sans prévenir lorsqu’elle recevait un appel sur son portable ou pour d’autres motifs qu’elle me cachait. Cette pratique était pour moi une marque d’indélicatesse.
Elle me confierait plus tard qu’elle pouvait rester longtemps sur ses gardes et cacher ses émotions, mais qu’une fois en confiance, elle se donnait entièrement. Elle me dirait aussi souvent, en réponse à mes demandes fréquentes de nous téléphoner, qu’elle faisait les choses quand elle en avait envie, manière élégante de me dire qu’elle vivait comme elle l’entendait et n’aimait pas qu’on lui mette la pression — ce que je traduirais toujours comme le refus de faire des concessions.
Elle ne m’appelait jamais par mon prénom. Jusqu’à la fin, j’essayai de lui faire comprendre que c’était important pour moi, mais cela semblait au-dessus de ses forces et de sa volonté. Elle désirait sans doute que je reste cet inconnu avec qui elle prenait plaisir à converser, et qui allait la révéler à son désir.
J’avais le sentiment de ne pas compter. Ce fut le début d’une frustration qui me mit plusieurs fois en colère, émotion que je me gardai de lui montrer, sauf à deux reprises qui occasionnèrent une scène entre nous.
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