Alberto Moravia, L’amour conjugal, 1948 (éd. Folio)

 

« Et de fait, je suis enclin à la rhétorique, c’est-à-dire à prendre les paroles pour des actes. Ma rhétorique est du genre sentimental, car je voudrais aimer et je m’en donne souvent l’illusion alors que je ne fais qu’évoquer l’amour avec beaucoup d’émotion peut-être, mais en paroles seulement. Dans ces moments-là, j’ai la larme facile, je balbutie et je me laisse aller à toutes les apparences d’un sentiment débordant. Mais sous ces dehors fervents, je cache souvent une perspicacité âpre et presque pointilleuse qui dédouble ma personnalité et ne signifie nulle force, étant simplement l’expression de mon égoïsme. » (p. 14)

 

« C’est d’ailleurs une de mes convictions, que certaines tentations sont d’autant plus fortes qu’elles ne sont ni préméditées ni consenties. » (p. 68)

 

« C’est alors que j’eus la sensation précise de la faiblesse de mon caractère fait d’impuissance, de morbidité et d’égoïsme, et cela d’un seul coup je l’acceptai. Après cette nuit, j’allais être un homme beaucoup plus modeste et peut-être, si je le voulais, pourrais-je sinon me transformer, du moins me corriger, car cette nuit seule m’avait appris plus de choses sur moi-même que toutes les autres années de ma vie. Cette pensée me calma. Je me levai du bureau, allai dans ma chambre et lavai mes yeux rouges et gonflés. Puis je revins au salon et me mis à la fenêtre qui donnait sur le devant de la maison. » (p. 164)

 

« Ainsi nous parlions un langage différent : je ne donnais aucune importance à la bonne volonté faite de raisonnement et de bon sens et j’en attribuais une très grande au contraire à l’instinct sans lequel il me semble qu’il ne peut y avoir ni art ni amour. Elle, d’autre part, n’appréciait que cette bonne volonté qui devait lui sembler la partie la meilleure d’elle-même et elle repoussait l’instinct comme une erreur et une imperfection. Je pense qu’on aime toujours ce qu’on ne possède pas ; elle, toute de trouble instinct, devait forcément vénérer la raison claire, alors que moi, tout raisonnement exsangue, il était juste que je fusse attiré par la richesse de l’instinct. » (pp. 171-172)

 

(11 – 14 avril 2008)

 

Par devantdaphnee - Voir les 0 commentaires
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