C’était à la fin de l’hiver 2007. Depuis l’été précédent, je n’avais plus Internet à la maison. Aussi m’arrivait-il d’aller en soirée dans un cybercafé, où j’avais fini par prendre mes habitudes. C’est là que, parmi les étudiants et les joueurs en réseau, je suivais chaque semaine la campagne présidentielle. À vrai dire, je venais le plus souvent par désœuvrement, gagné par l’ennui, pour ne penser à rien.

 

En quelques mois, trois films m’avaient durablement marqué. Marie Antoinette : des plans à la mélancolie sucrée, qui s’éloignaient progressivement du récit pour chercher la fluidité d’un temps pur de cinéma. Lady Chatterley : la lumière féerique du soleil dans les feuilles des arbres, les bruits de la nature et la beauté de Marina Hands (« Elle se réjouissait d’être là, en fuite dans cette forêt comme une bête blessée à mort. », D. H. Lawrence). My fair lady : comment une jeune femme sortie du ruisseau devenait une princesse, façonnée par un professeur de linguistique persuadé que le langage permet de « combler le gouffre qui sépare les unes des autres les classes et les âmes » (Pygmalion, pièce de Bernard Shaw dont est tiré le film). Trois histoires dans lesquelles une femme transfigurée finissait par aller dans le sens de son désir.

 

Pour que la liste soit complète, je dois ajouter le documentaire Le grand silence, sur la vie des moines de la Grande Chartreuse, près de Grenoble. Ce film produisit sur moi une identification si puissante qu’il entraîna une longue et douloureuse crise mystique — dont l’un des effets saugrenus fut de dormir la nuit avec les volets ouverts pour être réveillé par la lumière du jour. Je compris à ce moment que, n’étaient la perte de la foi à quatorze ans et l’acédie dont je souffre chroniquement, j’aurais pu entrer dans un monastère, puisque je partageais, sans exagération, la régularité de la vie conventuelle : vœu de silence et de chasteté, observance de la règle des heures, vie contemplative. Pendant plus d’un an, entre février 2007 et mars 2008 — toute la période que dura ma relation avec Daphnée —, je lus avec ardeur des ouvrages de spiritualité cartusienne, et chaque jour la Règle des moines de saint Benoît.

 

Ces influences, pourtant vives et déterminantes, demeuraient inconscientes, vaguement aperçues, et dessinaient souterrainement une constellation virtuelle qui bientôt donnerait forme au désir renaissant. Mais à l’époque dont je parle, je vivais une période morne, laquelle, sans être triste, ne me satisfaisait pas et commençait à me peser. On pourrait parler de phase de latence, puisque j’attendais qu’il se passe quelque chose dans ma vie.

 

C’est dans cet état d’esprit que j’essayai de renouer avec Daphnée, en février 2007.

 

par devantdaphnee ajouter un commentaire commentaires (0)   

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