On pensera que j’ai voulu me rendre odieux pour faciliter la rupture.
Au début du mois de mars — comme en décembre dernier —, je crus, en effet, pouvoir garder mon sang-froid et casser d’un coup, faire mal pour que Daphnée parte et qu’elle ne puisse plus revenir, la fâcher suffisamment pour qu’elle ne souffre pas de la rupture. Mais ça ne s’est pas passé comme ça !
J’avais compris depuis longtemps que Daphnée ne répondrait pas à ma demande d’amour — elle ne m’avait jamais caché ses limites. La relation de domination était fragilisée. À cela, rien d’étonnant. Dans ce type de relation, la soumission réelle est souvent inversée : le maître ne laisse pas d’être plus esclave que celui qui lui obéit, dont il dépend entièrement. De fait, c’est parce qu’ils ont une nature soumise que certains se fantasment comme maîtres.
En refusant de me téléphoner, Daphnée avait affaibli mon pouvoir sans s’en rendre compte, et s’était écartée des règles du jeu, en dévoilant son ressort psychologique. J’étais Monsieur dans ses pensées, mais elle me laissait peu de marge de manœuvre. J’en retirai une rancune tenace. Je voulus me venger.
Au moment où ma frustration apparaissait dans toute son étendue — une frustration, je le répète, dont Daphnée n’était pas la cause, mais qu’elle avait contribué, à son corps défendant, à révéler et à entretenir —, je fus débordé par des sentiments contraires, en proie à une passion que je ne pus contenir. La rupture fut une réponse par la fuite à l’angoisse qui me rongeait, et que cet échec avait ravivée. Je sais aujourd’hui qu’en provoquant la rupture je voulais substituer la tristesse à l’angoisse.
Ma méchanceté n’était pourtant pas feinte ; la volonté de faire mal pour faire mal était réelle : tout détruire, aveuglément. Mais en dépit de la rage que je mis à exécuter ce projet, ce fut une véritable déchirure, que j’étais loin d’être en mesure d’assumer, car Daphnée m’était chère et je la respectais. Mon geste était plus désespéré que calculé. J’étais effondré.
Cette période troublée dura presque trois semaines, et fut ponctuée d’autres passages à l’acte. Si j’en avais eu l’occasion, je n’aurais pas hésité à faire un esclandre. Car à mes remords s’ajoutait une fébrilité qui me rendait capable du pire. Dans ces moments-là, livré à soi-même, on ne s’appartient plus, la passion tourne au délire et annihile toute résistance de la volonté. Cette femme avait colonisé ma tête. J’entrai dans une folie furieuse.
…
Le 7 avril, après un passage dépressif intense, mais bref, je commençai ce blog. En quelques jours, mon humeur se stabilisa. Je m’accrochai à l’écriture.
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